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DECONSTRUIRE UNE LANGUE POUR MIEUX L'APPRENDRE

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À l’heure où la mondialisation n’a jamais été aussi forte, il paraît étrange que si peu de personnes arrivent à se débrouiller dans une autre langue que la leur. Pourtant les professeurs et les méthodes ne manquent pas.

Serait-ce donc un manque de motivation ? Ou pouvons-nous raisonnablement dire que peu de méthodes arrivent à faciliter une tâche qui paraît encore trop souvent compliquée ?

Cet article est le dernier article de ma série de 3 articles, où je fais part des leçons que j’ai tirées de mon expérience, après avoir appris 12 langues et en avoir analysées plus d’une vingtaine. Si vous n’avez pas lu les articles précédents ou si vous voulez savoir quelle est mon histoire, je vous invite à les lire : premier article icideuxième article ici.

"Il faut exiger de son apprentissage qu’il produise de la compréhension avant de produire de la connaissance"

Dans cet article, j’aimerais vous parler du concept de « déconstruction syntaxique ». C’est un principe fondamental dans l’analyse linguistique que je propose.

Déconstruire syntaxiquement une langue c'est faire en sorte que chaque phrase puisse être considérée comme l’aboutissement d’un chemin de construction cohérent, logique et explicable.

C'est accepter, en d'autres termes, que chaque phrase puisse être expliquée à un débutant, quelque soit sa complexité, si l’on trouve les justes éléments explicatifs .



Déconstruire pour mieux comprendre

Déconstruire une langue, c’est exiger de son apprentissage qu’il produise de la compréhension avant de produire de la connaissance. C’est éviter l’apprentissage par cœur et le « bachotage », qui ne sont ni propices à la mémorisation, ni à la motivation.

"Toute phrase doit pouvoir être expliquée"



Prenons un 1er exemple : la question anglais "what's your name?"

En la déconstruisant logiquement, on se rend compte qu’on ne peut pas enseigner « your » sans avoir au préalable enseigné « you ».

De la même manière, on ne peut pas enseigner « what’s » sans avoir enseigné « what is » que l’on aurait mis en relation au préalable avec « it is ».

Mais commencer par « it is » est assez étrange, il sera sûrement nécessaire de parler avant de « he is » que l’on aurait lui-même enseigné après « you are » et « I am ».

En procédant ainsi, on remarque que la phrase « what’s your name ? » n’est finalement que l’aboutissement d’une construction logique et non une simple construction de l’esprit qui aurait pour seul but de transmettre une idée bien précise.

Il existe parfois plusieurs façons de déconstruire une phrase et je vous propose ici la façon que je trouve la plus naturelle, mais l’idée derrière reste la même.

Si l’on veut faciliter l’apprentissage, aucune phrase ne doit être sortie d’un chapeau. Au contraire toutes doivent pouvoir être déconstruites et reconstruites pour pouvoir être parfaitement comprises.

"L'explication passe par la déconstruction"



Prenons un 2eme exemple : la question allemande "wie geht's dir?"

En la déconstruisant logiquement on se rend compte que la forme contractée « geht’s » ne peut pas être comprise avant d’avoir enseigné la forme non contractée « geht es » elle-même enseignée après la forme affirmative « es geht ».

Ensuite le pronom « es », qui signifie « ça », ne devrait pas être enseigné avant d’avoir enseigné le pronom « er », qui signifie « il », parce que les deux requièrent la même conjugaison verbale.

Mais il serait étrange de commencer une langue par son pronom à la troisième personne. Il paraîtrait plus logique d’aborder avant la première et la deuxième personne : « ich » (je) et « du » (tu).

De la même manière il serait étrange d’apprendre la forme neutre « es geht » (ça va) sans avoir au préalable appris la forme masculine « er geht » (il va), elle-même enseignée après les formes « du gehst » (tu vas) et « ich gehe » (je vais).

"Aucune phrase ne doit donner l'impression d'être sortie d'un chapeau"


Que dire maintenant de l’élément « dir » ?

Pour comprendre cet élément, il faudrait commencer par une phrase où il correspondrait à un élément concret.

Je vous propose de commencer par la phrase « ich gebe », qui signifie « je donne », et d’aborder juste après la phrase « ich gebe dir » qui signifie « je te donne ».

Phrase qui nous permet de comprendre que « dir » est en fait la traduction du « te / toi » : « je te donne », « je donne (à) toi ».

Ce qui nous permet finalement par ricochet de comprendre que la phrase « wie geht’s dir ? » se traduirait dans notre langue plutôt par « comment ça va toi ? ».

Mais bien sûr tout ceci suppose que l’on souhaite commencer l’allemand par les verbes « donner » et « aller », ce qui me paraît assez mal choisi comme point de départ, sachant que ces deux verbes sont irréguliers.

Il me semble donc très peu justifié d’apprendre dès les premières leçons la question « wie geht’s dir ? », même si celle-ci peut être très utile dans la vie de tous les jours.

Pourtant c’est une phrase qui est régulièrement apprise au tout début.

"Toute déconstruction syntaxique aboutit à la construction d’un chemin explicatif cohérent"

De la même manière que l'on vient de le voir à l'instant, toute autre déconstruction syntaxique aboutira à la construction d’un chemin explicatif cohérent.

C’est ce chemin qui permettra à l’apprenant de comprendre la logique interne de la langue etqui le rendra capable de construire une infinité de phrases sur les modèles qu’il a appris.



Prendre le temps pour en parler plus tard

Déconstruire de la sorte les phrases que l’on apprend peut prendre du temps au début, parce qu’il exige que l’on apprenne de nombreux éléments « de base » qui ne sont pas souvent utilisables tels quels dans une situation orale.

Pourtant ce travail est fondamental et le temps qu’il nécessite ne peut être en aucun cas considéré comme perdu.

"Il est plus rapide de comprendre 300 phrases pour en construire 10 000 que d’en apprendre 10 000 sans les comprendre"

Mon expérience m’a permis de comprendre très vite qu’il était plus intéressant de comprendre comment fonctionnaient 300 phrases pour être capable d’en construire 10 000, plutôt que d’apprendre 10 000 phrases par cœur.


La méthode constructive propose une courbe de progression non linéaire et strictement croissante. Pourquoi ?

Parce qu’un tel apprentissage permet de capitaliser sur ce qui a déjà été appris, de telle sorte qu’une nouvelle connaissance permette de mieux comprendre la suivante.

"Un apprentissage optimisé doit permettre de capitaliser sur ce qui a déjà été appris"

D’autant plus que cette illustration ne prend pas en compte la motivation, qui est un facteur clé à prendre en compte dans tout apprentissage. Commencer par des phrases toutes faites peut devenir très vite décourageant parce que ces phrases sont bien souvent trop compliquées pour être apprises par cœur.

Au contraire, comprendre chacune des étapes redonne confiance à l’apprenant dans sa capacité d’apprentissage et lui donner envie de continuer.

"C’est en procédant ainsi que toutes les langues, même les plus compliquées (le chinois, le japonais et le russe notamment), deviendront accessibles à tous, sans distinction de niveau, de motivation ou de sensibilité."


Cet article est le dernier de ma série de trois articles, où je fais part des leçons que j’ai tirées de mon expérience, après avoir appris 12 langues et en avoir analysées plus d’une vingtaine. Si vous n’avez pas lu les articles précédents ou si vous voulez connaître mon histoire, je vous invite à les lire : premier article icideuxième article ici.

Si vous voulez voir comment j'ai mis en pratique cette méthodologie d'apprentissage pour enseigner 10 langues en ligne : www.speekoo.com

En espérant que ce format vous aura plu.



Etienne Genvrin, fondateur de speekoo.com

GENVRIN ETIENNE

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